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Exposition Vincent Van Gogh / Antonin Artaud au Musée d’Orsay jusqu’au 6 juillet 2014

vendredi 20 juin 2014

En décembre 1947, est publié " Van Gogh, Le suicidé de la société ", un essai d’Antonin Artaud, né en 1856, écrivain, poète, acteur, dessinateur. Ce texte désigne la société comme coupable de la mort de Vincent Van Gogh.

Une sensibilité à vif, une souffrance psychique l’ayant à plusieurs reprises conduit à l’internement, un engagement total dans la création, ce portrait de Vincent permet au poète de "communier" avec le peintre et d’en faire un frère de combat.

" ... C’est ainsi que la société a fait étrangler dans ses asiles tous ceux dont elle a voulu se débarrasser ou se défendre, comme ayant refusé de se rendre avec elle complices de certaines hautes saletés. Car un aliéné est aussi un homme que la société n’a pas voulu entendre et qu’elle a voulu empêcher d’émettre d’insupportables vérités ... "
Antonin Artaud : "Van Gogh, Le suicidé de la société"

A chaque étape de l’exposition, un passage du livre d’Artaud dont nous citons quelques extraits dans cet article. Puis des tableaux de Van Gogh, des passages de ses lettres à son frère Théo.

Des autoportraits de Vincent, témoins de sa vie intérieure au fil du temps et de son engagement, Le fauteuil de Gauguin, peintre avec lequel il désire fonder un atelier d’artistes, expérience qui s’achèvera pour Van Gogh dans le désespoir, La chambre de Vincent à Arles, éblouie, chauffée de jaune comme les blés qui se devinent au-delà de la fenêtre close, Route de campagne en provence de nuit, chemin mouvant qui avance comme un fleuve qui court vers la mer, étoile tourbillonnante comme un cyclone, cyprès en flammes. Et puis Le jardin de l’hospice Saint-Paul, à Saint Rémy de Provence, où il est interné, en mai 1889, pour un an, et aussi des personnages, familiers du peintre : La Berceuse ( Madame Augustine Roulin), la femme du facteur d’Arles, Marguerite Gachet dans son jardin, "noyée dans la verdure", Portrait du père Tanguy, marchand de couleurs à Paris, Portrait du docteur Gachet avec branche de digitale ...

" ... C’est ainsi qu’une société tarée a inventé la psychiatrie pour se défendre des investigations de certaines lucidités supérieures dont les facultés de divination la gênaient ..." Antonin Artaud

Fou Vincent ?

C’est un artiste lucide, un homme doté d’une sensibilité extrême lui permettant de VOIR et d’appréhender la vérité des choses et des êtres, qu’Antonin Artaud désigne.

" ... Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations. C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi. Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet. Mais la souffrance du pré-natal y est ..." Antonin Artaud

... Vérité et Lucidité avec lesquelles Vincent Van Gogh et Antonin Artaud, tentent, par l’autoportrait, de percer le mystère de leur propre individualité.

... Vérité et Lucidité avec lesquelles Vincent saisit sur la toile l’essence des êtres et des choses :
Saisissant de vérité les tournesols du peintre, embrasés, ivres de lumière, brûlés de soleil, incandescents, torturés, se contorsionnant pour atteindre la lumière ...

" ... ses tournesols d’or bronzé sont peints ; ils sont peints comme des tournesols et rien de plus, mais pour comprendre un tournesol en nature, il faut maintenant en revenir à Van Gogh, de même que pour comprendre un orage en nature, ... " Antonin Artaud
Sur le parcours de l’exposition, par l’intermédiare d’un écran géant et de la voix d’Alain Cuni, le visiteur "entre" de plain-pied dans l’ultime tableau du peintre commenté par Antonin Artaud "Le champ de blés au corbeaux ".

" ... Qui a déjà vu dans cette toile la terre équivaloir la mer. Van Gogh est de tous les peintres celui qui nous dépouille le plus profondément, et jusqu’à la trame, mais comme on s’épouillerait d’une obsession. Celle de faire que les objets soient autres, celle d’oser enfin risquer le péché de l’autre, et la terre ne peut pas avoir la couleur d’une mer liquide, et c’est pourtant bien comme une mer liquide que Van Gogh jette sa terre comme une série de coups de sarcloir ..." A A

Vincent. C’est de ce seul prénom qu’il signe ses tableaux : prise de distance avec la famille Van Gogh et l’héritage bourgeois dans lequel il ne se reconnaît pas ? Amour propre, affirmation de soi ? Il naît le 30 mars 1853 et grandit à Zundert, aux Pays-Bas, dans le presbytère de son père, pasteur. Un an plus tôt exactement, un frère, mort-né, devait porter le même prénom - Vincent Willem - Groot Zundert, Etten, Nuenen, autant de villages qui marqueront son enfance et que nous voyons aujourd’hui à travers ses premières évocations de la nature, terre et gens : plaine à perte de vue de ce Brabant néerlandais, arbres filiformes, champs et jardins noyés, ciels bleus encore tout mouillés de pluie, églises perdues ... et aussi des visages, de femmes, d’hommes, paysans, paysanes, visages marqués par une vie de labeur, mais saisis avec compréhension et tendresse.
" J’ai essayé de mettre le même sentiment au paysage qu’au personnage. La volonté pratiquement convulsive et passionnée de prendre racine en terre et la sensation d’être pourtant à moitié déraciné par les tempêtes. Je voulais exprimer aussi bien dans ces silhouettes blanches de femmes que dans ces racines noires, osseuses, quelque chose du combat de la vie ... " Vincent Van Gogh
Vincent sait de quoi il parle. Sa vie se confond avec ce combat.
Après ses études, influencé par sa famille dont une partie est établie dans le commerce de l’art, Vincent exerce le métier de marchand de tableaux à La Haye, puis à Londres et à Paris. Mais comment ce créateur sans concessions, chercheur éperdu d’éternité, aurait-il pu s’accorder avec les affaires et l’idée d’un art transformé en bien de consommation ? Après cet échec, il veut devenir pasteur. Il est autorisé à être prédicateur en pays minier, le Borinage, en Belgique. Avec un total engagement de sa personne, cet être entier, déchiré, met tant d’abnégation dans son activité - suivant au pied de la lettre l’enseignement d’un Christ pauvre parmi les pauvres, dormant sur la paille comme les mineurs avec lesquels il veut se confondre, descendant dans la mine pour épouser leurs conditions de travail - qu’il fait scandale et doit renoncer. Dès lors, avec la même passion avec laquelle il s’est jeté à corps perdu dans le pastorat, il "entre en peinture" avec pour bagages sa soif d’absolu et d’infini. Sa vie se confond avec son oeuvre.

"Mon travail à moi, j’y risque ma vie et ma raison y a fondrée à moitié ... " Vincent Van Gogh