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Les 5 de Roanne : récit d’un combat pour la liberté syndicale

Vidéo Nvo

vendredi 8 novembre 2013

"Un sentiment d’injustice indélébile"

Mardi 5 novembre, les "5 de Roanne" passent devant le tribunal de grande instance de la ville. Pour avoir refusé de se soumettre à un prélèvement ADN, ils encourent jusqu’à un an de prison ferme et 15 000 euros d’amende.

A l’appel de la CGT, des milliers de manifestants viendront défendre leurs camarades et la liberté d’action et d’expression syndicale. A la veille de l’évènement, 3 questions à Jacky Teillol, président du comité de soutien des 5 de Roanne.

Quand avez-vous créé ce comité de soutien et de qui est-il composé ?

L’élément déclencheur de la création de ce comité de soutien date du dépôt de plainte du député et du sous-préfet de Roanne en 2010, suite aux tags des 5 militants. Le décalage, la disproportion qu’il y avait entre les faits - les tags plutôt classiques en situation de manifestation - et l’ampleur que prenait cette affaire avec les plaintes nous ont décidé à créer ce comité de soutien.

Les tags ont d’ailleurs été rapidement effacés et les plaintes retirées après discussion avec les plaignants. Notre stratégie, c’est avant tout l’apaisement. Nous trouvons dans ce comité de soutien la quasi-totalité des syndicats de Roanne mais aussi la ligue des droits de l’homme, les organisations CGT locales, départementales et régionales, la confédération et des personnalités du monde syndical, comme Louis Vianney. Mais on y trouve également des citoyens qui ont été choqués par la tournure que prenaient les évènements. A ce jour, le comité compte 11 700 adhérents.

A quoi sert ce comité ?

D’une part, nous organisons, en lien avec la confédération, la grande journée nationale pour les libertés d’action et d’expression syndicale de demain. Depuis que l’affaire a commencé il y a 3 ans, nous animons également des évènements pour faire connaître le phénomène de criminalisation syndicale. Mais le comité sert avant tout à entourer les 5 militants. C’est un soutien affectif dont ils ont grand besoin. Vous savez, ça marque ce genre de chose dans la tête.

Ce sentiment d’injustice est indélébile. ll travaille l’être de façon profonde. Nous avons connu cela il y a 20 ans à Roanne avec l’affaire des Manufrance dont beaucoup de syndicalistes ont entendu parler. A l’époque, 17 militants CGT, dont moi-même, alors secrétaire de union départementale de la Loire, risquaient entre 17 et 36 mois de prison ferme et des millions de francs à rembourser au liquidateur judiciaire de l’entreprise Manufrance.

C’était en 1993. Le jour du procès, à Lyon, 100 000 personnes avaient défilé en scandant "liberté et relaxe". Dans son réquisitoire, le procureur avait dit "nous ne pouvons pas ne pas tenir compte des milliers de gens rassemblés". Ce jour-là, nous avons gagné tous ensemble, la relaxe sur fond de liberté syndicale. Cette histoire nous a enseigné que le rapport de force n’est pas une illusion, ça nous a permis de nous en sortir. Vingt ans après, c’est toujours gravé dans nos têtes et dans celles de beaucoup de gens de la Loire.

Vous aimeriez reproduire la mobilisation des Manufrance...

Oui... Nous voulons à notre tour démontrer que c’est possible. Le jour de l’audience des Manufrance, quand j’ai vu ce monde dans les rues, j’ai eu des larmes d’émotion. Tout ces gens venus nous défendre et demander la liberté syndicale, c’était extraordinaire ! Ca dépassait tout ce que j’avais pu imaginer. J’ai eu le sentiment d’être porté par ces gens. Nous aimerions qu’il en soit ainsi pour nos 5 militants d’aujourd’hui. Deux mouvements contraires animent notre collectif : le sentiment d’injustice d’être traduit devant les tribunaux pour les faits mineurs qu’on nous reproche et la conscience que nous avons la capacité extraordinaire de faire reculer tout cela grâce à l’acte collectif. La journée du 5 novembre doit être une réussite.